Azur et Asmar ont vingt ans
Date : 19 février 2026
Le 19 février 2026, au cinéma Le Méliès de Grenoble, a eu lieu une projection du film Azur et Asmar, qui fête ses 20 ans.
Il y avait en fait deux projections à la fois, salles 1 et 2. Pour chacune, Michel Ocelot est venu parler un peu du film et répondre à quelques questions. J’étais en salle 2, et j’ai pris quelques notes.
Quelques mots sur le film
Azur et Asmar, déjà vingt ans ! Réalisé en images de synthèses, il a tout de même très bien vieilli. Si ça et là, l’œil habitué à la 3D peut voir une texture qui fait trop plat, le film est encore magnifique. Les décors sont parmi les plus beaux du cinéma d’animation (je le pense vraiment), et le choix de faire des personnages avec des aplats de couleur, sans ombrage, est selon moi ce qui a permis au film de résister aux années. Un peu comme les jeux vidéos en cel shading qui sortaient sur GameCube et qui sont encore très jolis.
La musique est bien aussi, et l’ambiance sonore en général, même si quelques accords insistent sur une action à l’écran à certains moments où ça n’était pas nécessaire.
Le doublage est toujours bon lui aussi, l’humour a fait rire les enfants et les adultes dans la salle, en somme c’est un très beau film qui vaut la peine d’être encore revu.
Mes notes de l’interview
Je précise qu’il s’agit de notes, pas de sténographie. Les paroles de Michel Ocelot que je rapporte ne sont donc pas exactement les mots qu’il a prononcé. Je suis responsable de, et j’assume, toute erreur ou déviation de sens.
Au début, un employé du cinéma a présenté le film, et a demandé à Michel Ocelot d’en dire quelques mots.
Michel Ocelot : Une chose que j’ai aimée sur ce film, c’est que les gens ont bien compris son message. Le thème, c’était « ici et maintenant ». Je voulais parler de l’hostilité quotidienne entre les gens. J’aurais pu faire un film de guerre, mais il y en avait déjà suffisamment. Dans ma carrière, deux films ont eu beaucoup de succès et m’ont un peu échappé, ce sont Kirikou et la Sorcière et Azur et Asmar. Et Azur et Asmar est le seul film où nous avons eu autant de budget que nous voulions, donc nous avons essayé d’en faire un film de « luxe », de travailler à fond chaque image, pour qu’il n’y en ait pas une qui soit médiocre.
Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir poser la première question !
Scirocco : Pensez-vous que l’avenir du film d’animation, en France et ailleurs, est assuré ?
Michel Ocelot : Oui ! (rires) C’est vrai qu’il y a eu une période où beaucoup d’écoles ouvraient, ce qui a donné un surplus d’animateurs, et que beaucoup de ces animateurs ne trouvent donc pas de travail. Et le cinéma ne va pas très bien actuellement, mais de beaux films continueront d’être faits.
C’était la seule question que je voulais lui poser. Les films d’animation sont souvent réduits à un seul réalisateur, et la question de la « relève » se pose par exemple au Japon avec Hayao Miyazaki. Cela dit, il existe des films pour lesquels on pense en termes de studio, comme Disney ou Fortiche. M’est avis que c’est un problème de médiatisation, et que l’on ne sait pas comment vendre un film sans dire « réalisé par Michel Ocelot » ou « le dernier Disney ».
J’ai ensuite noté ou mémorisé les questions de quelques personnes. Désolé si j’en ai oublié.
Petite fille : Est-ce que vous avez fait le film tout seul ?
Michel Ocelot : Si tu prêtes attention au générique, tu verras que non. C’est effrayant le nombre de personnes qu’il faut pour réaliser un film.
Logique.
Petit garçon : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour le film ?
Michel Ocelot : Je l’ai déjà dit tout à l’heure, mais c’est l’hostilité quoditienne entre les gens. J’aurais aussi pu faire un film sur la guerre, mais j’ai choisi de représenter le quotidien, ce que vivent des gens tous les jours.
Je ne sais pas si ce petit garçon n’avait pas bien écouté le début de l’entretien, ou s’il désirait des précisions sur les sources qui ont inspiré le film, en particulier les cultures arabes d’Afrique du nord.
Autre petite fille : Faire un film, ça vous prend combien de temps ?
Michel Ocelot : Chaque film m’a pris environ six ans de ma vie.
Les enfants étaient étonnés. Pour eux, six ans c’est plus que la moitié de leur vie !
Autre petit garçon : Quand vous étiez petit, quel métiez vous vouliez faire ?
Michel Ocelot : Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Mais j’avais entendu dire que des adultes allaient au travail sans s’amuser, et n’étaient heureux que le dimanche, quand ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Je savais donc que je voulais un métier où tous les jours sont comme un dimanche, parce qu’on fait ce qui nous plaît. Et je ne savais pas encore, mais ce métier s’appelait « artiste ». J’ai donc fait ce qui me plaisait. J’ai dessiné, découpé, collé, décoré la maison pour les fêtes, fait des cadeaux bien emballés… Et je suis devenu un artiste.
Très bonne question ! Vous aussi, essayez de faire un métier où chaque jour est un dimanche ~
Femme adulte : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour faire Princes et Princesse en noir et blanc ?
Michel Ocelot : Par « noir et blanc », vous voulez dire « en noir et en couleurs », en ombres chinoises. En fait, c’est juste que nous n’avions pas d’argent, et c’est la méthode d’animation la moins chère ! (rires) Au début, je faisais avec du papier découpé1. Puis on a utilisé la méthode des ombres, avec du papier découpé ou d’autres objets posés sur une table lumineuse. C’est le moins cher, les défauts du papier sont effacés car il apparaît tout en noir, et ça permet aussi de marier des choses qui ne vont pas forcément ensemble. Par exemple, la princesse transformée en limace est en fait en pâte à modeler, pour lui donner un aspect visqueux. Le radar de la méchante reine est fait à partir d’une canette de soda, et à un autre moment, il nous manquait de quoi faire de l’herbe, alors on a mis la pointe des ciseaux dans le champ pour faire deux brins d’herbe en plus. On faisait feu de tout bois. Cela dit, j’ai commencé parce que c’était peu cher, mais j’y ai pris goût par la suite. Il y a une sorte de magie, d’innocence, ou de mystère qui ressort de ces images.
1 : je pense tout de suite au court métrage de 1980 Les Trois Inventeurs.
Là aussi une question intéressante. Je pensais qu’il allait nous dire qu’il s’inspirait du film de Lotte Reiniger sorti en 1926 (vous avez bien lu), Les Aventures du prince Ahmed. Mais sa motivation d’origine est en fait plus pragmatique.
L’interview est terminée, tout le monde applaudit, puis Michel Ocelot s’en va et le film commence.