Scirocco / Revoir Hols longtemps après

Revoir Hols longtemps après

Date : 28 juin 2026


Quand j’étais enfant, et que j’adorais déjà les films du studio Ghibli, on m’a offert un DVD à la jaquette vieillote et peu engageante, intitulée Horus, Prince du soleil. Il y était écrit que c’était le premier film (1968) réalisé par Isao Takahata, que je connaissais déjà pour Pompoko.

Jaquette du DVD français de Hols, intitulé Horus, prince du soleil.
La jaquette du DVD français, sorti en 2005. La quatrième de couverture insiste bien sur la participation de Miyazaki au film, et utilise des clichés journalistiques comme « un petit bijou » ou « saura séduire les petits et les grands ».

Je l’ai vu, n’ai rien ressenti de particulier, et l’ai rangé en disant : « On voit que c’est un vieux film. » Oh, comme je me trompais !

Remise en contexte

1968 : Disney domine le monde de l’animation et impose des canons stylistiques depuis Blanche-Neige et les Sept Nains (1937). Le dernier film Disney en date est Le Livre de la jungle (1967), précédé de Merlin l'Enchanteur (1963). Des films intemporels, qu’un enfant d’aujourd’hui n’a aucun mal à regarder.

Pendant ce temps, en URSS, le studio Soyouzmoultfilm a sorti son chef-d’œuvre La Reine des neiges en 1957, et il paraît qu’ils étaient sur le déclin mais je ne m’avancerai pas trop, je connais très mal ce studio.

Et en France, La Bergère et le Ramoneur (1953) a eu un grand succès (je répète ce que j’ai lu ailleurs parce que je n’étais pas là pour le voir).

Et au Japon, le studio Toei a commencé à créer des films, le premier et le plus connu étant Le Serpent blanc de 1958. C’est donc en 1968 que ce même studio Toei sortira Hols, prince du soleil. La création du film fut plus longue et chère que prévu, et c’est un échec commercial.

Capture d’écran du film Hols, où Hols rencontre Hilda, qui joue de la lyre, dans un village abandonné.
Hols, prince du soleil, Isao Takahata (1968)

Ont participé à ce film des grands noms du cinéma d’animation :

« Horus » ou « Hols » ?

C’est Hols, pas Horus. Les deux noms ont la même transcription en japonais : ホルスhorusu. Mais vu l’ambiance inspirée de pays nordiques, et les noms des autres personnages (Hilda, Grunwald, Drago), un nom de dieu égyptien n’a rien à faire là.

Le film lui-même

La mise en scène et les effets de caméra sont novateurs. Takahata exploite le hors-champs, auparavant peu utilisé en animation. L’introduction du film ne suit pas le standard imaginé par le studio Disney, mais nous place directement dans l’action. En bref, le film est réalisé comme un film en prise de vue réelle.

Les thématiques sont plus sombres et complexes que les films de l’époque : ce n’est pas un film pour enfants, c’est un film pour tout le monde. Les enfants y verront la lutte du héros contre le méchant, et l’ambivalence de Hilda. Les adultes y verront des thèmes d’oppression, de révolte, d’unité de la communauté, à la limite de la métaphore communiste.

Capture d’écran de Hols, où le méchant Grunwald tient une corde qui retient Hols (en vue subjective) au bord d’une falaise.
Hols, prince du soleil, Isao Takahata (1968)

Hilda est possiblement un des prototypes des personnages féminins chers à Miyazaki, et un des personnages les plus complexes de la carrière des deux cinéastes.

Le film comporte quelques chansons, une condition imposée par le studio Toei. On pensait encore que animation égale enfants, et qu’il fallait suivre le modèle Disney. Mais c’est justement en s’en éloignant que Takahata (et d’autres avant lui) ont pu découvrir de nouveaux espaces de création.

Revoyez Hols !

Si le DVD traîne dans votre étagère, oublié sous la pile de chefs-d’œuvres plus récents, dépoussiérez-le et redonnez-lui une chance ! On ne se rend souvent pas compte que tout ce qui nous semble naturel dans les films modernes a bien dû être inventé à un moment. Et c’est en voyant des films précurseurs comme celui-là (ou les autres que j’ai cités) que l’on remarque à quel point l’art du cinéma d’animation a évolué.

Pour reprendre la formule traditionnellement appliquée à la recherche scientifique, les réalisateurs d’aujourd’hui sont « sur les épaules d’un géant » : le géant des précurseurs, qui ont imaginé ou découvert des techniques que l’on apprend désormais en classe.

Mais la reconnaissance du film a été tardive, son exploitation en France est teintée de mépris par le distributeur lui-même… Il mérite mieux, ce film soixante-huitard.

C’est drôle de penser que Takahata a commencé sa carrière par un film novateur mais qui a été un échec commercial, et l’a terminée de la même façon avec Le Conte de la Princesse Kaguya. Une histoire pour une prochaine fois.

Bibliographie